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Gabon : ces géants de la forêt qui racontent tout un pays

  • Photo du rédacteur: Laurianne Biteau
    Laurianne Biteau
  • 20 août
  • 4 min de lecture

Ils peuvent dépasser cinquante mètres, nourrir les animaux, faire vivre des communautés ou accompagner des rites transmis depuis des générations. Okoumé, moabi, kevazingo, iboga : au Gabon, les plantes ne sont jamais tout à fait de simples plantes. Elles racontent l’histoire d’un pays intimement lié à sa forêt.




Au Gabon, difficile d’échapper au vert.


Il borde les routes, engloutit les reliefs, descend jusqu’aux lagunes et semble parfois vouloir reprendre possession du moindre espace laissé libre.


Mais derrière cette apparente uniformité se cache un monde d’une étonnante complexité.

Les grands arbres dominent la canopée. Plus bas, palmiers, fougères arborescentes et lianes occupent les sous-bois. Orchidées et mousses colonisent les troncs, tandis que gingembres sauvages et marantacées prospèrent sur les sols humides. À l’approche du littoral et des zones marécageuses apparaissent encore mangroves, palétuviers et herbiers.


Une forêt à plusieurs étages, donc. Et surtout, une forêt que l’on comprend beaucoup mieux lorsque l’on commence à connaître ceux qui l’habitent.


À commencer par quatre noms que l’on entend régulièrement au Gabon.






L’okoumé, l’arbre qui a accompagné l’histoire du pays


S’il fallait choisir un arbre pour raconter une partie de l’histoire économique du Gabon, l’okoumé serait un candidat sérieux.

Grand, droit, élancé, il produit un bois clair, léger et relativement facile à travailler.

Mais dans la forêt, son rôle commence bien avant l’intervention humaine.

L’okoumé est une espèce pionnière : sa croissance rapide lui permet de recoloniser des zones perturbées et de créer les conditions nécessaires à l’installation progressive d’autres espèces végétales et animales.

Pour les Gabonais, son histoire est également ancienne.

Avant de devenir l’un des piliers de l’économie forestière au début du XXe siècle, son bois servait déjà aux communautés pour construire des pirogues, des abris et différents éléments de la vie quotidienne.

Son exploitation a ensuite profondément marqué l'économie forestière du pays, reliant les villages et les fleuves aux ports puis aux marchés internationaux.


Un arbre qui régénère la forêt et qui, à sa manière, raconte aussi l'entrée du Gabon dans l'économie moderne.





Le moabi : cinquante mètres et beaucoup de patience


À côté de l'okoumé, le moabi joue dans une autre catégorie.


Un individu peut dépasser cinquante mètres de hauteur.


Son tronc est massif, son bois dense et sa croissance particulièrement lente. C'est précisément cette lenteur qui fait de lui un arbre caractéristique des forêts anciennes.

Le moabi contribue durablement à la structure de la canopée et ses fruits nourrissent différentes espèces animales, notamment de grands mammifères.


Mais l'histoire devient encore plus intéressante lorsqu'on quitte la canopée pour regarder du côté des cuisines et des traditions locales.

Les fruits du moabi permettent en effet d'obtenir une huile traditionnellement utilisée dans l'alimentation, mais aussi dans la médecine traditionnelle et certains rituels.


Au fil des générations, l'arbre est ainsi devenu un symbole de longévité, de transmission des savoirs et du lien entre les communautés et leur environnement.


Autrement dit, couper un moabi ne signifie pas seulement perdre un grand arbre.

Cela peut aussi signifier perdre un patrimoine qui a mis des décennies à se construire.





Le kevazingo, précieux au point d'être menacé


Son nom est moins connu des voyageurs. Pourtant, le kevazingo est l'un des arbres emblématiques des forêts gabonaises.

Il peut atteindre une quarantaine de mètres et pousse lentement dans les forêts matures. Son bois très dense, aux nuances brun-rouge veinées de noir, est particulièrement recherché.

Et c'est précisément là que les choses se compliquent.


Utilisé notamment en ébénisterie de luxe et en menuiserie fine, le kevazingo a subi une forte pression liée à la valeur de son bois et au trafic illégal.

Face à sa rareté et à sa croissance lente, son exploitation est aujourd'hui strictement réglementée et largement interdite. Il se retrouve ainsi au cœur des enjeux de conservation et de gestion durable des forêts gabonaises.


Sa présence dans une forêt est d'ailleurs significative : le kevazingo est considéré comme un indicateur de forêts bien conservées.





L'iboga : deux mètres de haut, des siècles d'histoire


Après les géants, changement radical d'échelle.


L'iboga est un arbuste tropical qui atteint environ deux mètres.

Physiquement, difficile de rivaliser avec un moabi de cinquante mètres. Culturellement, en revanche, c'est une autre histoire.


Depuis des siècles, l'iboga occupe une place importante dans la vie spirituelle de certaines communautés gabonaises, notamment chez les peuples fang, mitsogo et apparentés.

La plante est étroitement associée aux rites initiatiques du Bwiti, où elle accompagne la transmission et la quête de connaissance. Elle symbolise notamment le lien entre les vivants et les ancêtres, le visible et l'invisible.

Sa racine contient notamment de l'ibogaïne et d'autres alcaloïdes psychoactifs. Son utilisation traditionnelle s'inscrit dans des pratiques initiatiques et culturelles spécifiques qui nécessitent respect et encadrement.


L'iboga rappelle ainsi quelque chose d'essentiel : la forêt gabonaise n'est pas uniquement un patrimoine naturel. Elle est également culturelle et spirituelle.






Une forêt que l'on apprend à lire


C'est probablement ce qui surprend le plus lorsque l'on découvre réellement la forêt équatoriale.

Au début, on voit du vert.

Beaucoup de vert.

Puis quelqu'un montre un arbre, explique son nom, son fruit, son utilisation ou l'histoire qui l'accompagne.


Et soudain, le paysage change.


L'okoumé raconte l'histoire forestière du pays. Le moabi parle de temps long et de transmission. Le kevazingo révèle les tensions entre valeur économique et conservation. L'iboga ouvre une fenêtre sur les traditions spirituelles gabonaises.

La forêt n'est plus une masse végétale.


Elle devient un territoire vivant que l'on commence à déchiffrer.



Au Gabon, regarder les arbres autant que les animaux


Gorilles, éléphants de forêt, mandrills, buffles… La faune constitue évidemment l'une des grandes raisons de voyager au Gabon.

Mais elle ne raconte qu'une partie de l'histoire.

Car sans cette extraordinaire architecture végétale, ces animaux n'auraient tout simplement pas le même territoire où vivre.

Les grands arbres structurent la canopée. Certains fruits nourrissent les mammifères. Les plantes du sous-bois profitent de l'humidité et de l'ombre. Mangroves et palétuviers prolongent encore cette biodiversité jusque dans les milieux côtiers.


Voyager dans les forêts du Gabon, c'est donc accepter de ralentir suffisamment pour regarder ce qui, au premier abord, semblait n'être qu'un décor.

Lever les yeux.

Écouter ceux qui connaissent la forêt.

Apprendre quelques noms.


Et comprendre progressivement que derrière chaque arbre peuvent se cacher une fonction écologique, une histoire familiale, un usage, une croyance ou plusieurs générations de savoirs.


Au Gabon, la forêt ne se contente pas d'entourer le voyageur. Elle raconte le pays.

 
 
 

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