Gabon : quand la protection de la nature devient un projet de société
- Laurianne Biteau

- 20 août
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 août
Forêts, biodiversité, écotourisme, économie verte, gestion des déchets : en 2026, le Gabon accélère plusieurs chantiers environnementaux. Derrière l’image d’un sanctuaire naturel exceptionnel se dessine pourtant une question plus complexe : comment protéger ce patrimoine tout en améliorant concrètement la vie des populations qui en dépendent ?
Au Gabon, l’écologie n’est pas un sujet abstrait. Elle se trouve au bord des routes, dans les villages, au cœur des forêts, sur le littoral et jusque dans les débats sur le développement économique du pays.
Ici, la forêt n’est jamais très loin. Elle abrite une biodiversité remarquable, façonne les paysages et constitue une ressource essentielle pour de nombreuses communautés. Gorilles, mandrills, éléphants de forêt, buffles, tortues marines et une multitude d’espèces végétales font du territoire gabonais un espace particulièrement précieux pour la conservation.
Mais en 2026, le discours environnemental évolue. Il ne s’agit plus seulement de protéger la nature : il faut désormais trouver les moyens de financer cette protection, d’y associer les populations et de transformer ce patrimoine naturel en moteur de développement durable.
« Gabon Infini » : plus de 100 millions de dollars annoncés sur dix ans
C’est l’une des actualités environnementales les plus importantes de cet été.
Le 13 août 2026, à Libreville, le comité de pilotage du projet « Gabon Infini » a validé son Plan de développement communautaire et de conservation. Le programme prévoit, à terme, plus de 100 millions de dollars de financements philanthropiques sur dix ans, destinés à la conservation et au développement durable. Parmi les ambitions affichées figure la contribution à la protection de 30 % des écosystèmes gabonais d’ici 2030.
Le projet repose sur quatre grands axes : le développement des communautés, l'amélioration de la gouvernance et de la gestion des aires protégées, la protection des écosystèmes et la mise en place de financements durables.
Cette orientation est importante. Pendant longtemps, conservation et développement ont parfois été présentés comme deux objectifs contradictoires. Le défi consiste désormais à démontrer qu’une forêt protégée peut aussi produire de la valeur économique et sociale sans être détruite.
L’économie verte et bleue prend progressivement de l’ampleur
Un autre chiffre donne la mesure des investissements récents.
Selon un bilan des Nations unies couvrant la période 2023-2025 et relayé en août 2026, 6,3 millions de dollars, soit environ 3,5 milliards de FCFA, ont été mobilisés en faveur de l’économie verte et bleue au Gabon.
Ces financements ont concerné notamment les forêts, la biodiversité, le climat, l’agriculture, la pêche, l’aquaculture et les énergies propres. Le bilan fait également état de 3,8 millions de tonnes de CO₂ séquestrées et de 600 personnes formées à la finance biodiversité.
Derrière ces données apparaît une évolution intéressante : l’environnement tend à devenir un secteur économique à part entière.
Préserver un écosystème, former des guides, accompagner la pêche artisanale, développer une agriculture plus résiliente ou créer des activités touristiques autour d’un parc national peuvent participer d’une même logique : faire du vivant une richesse à conserver plutôt qu’une ressource à épuiser.
À Akanda, l’écotourisme mise sur les communautés locales
Cette transformation se voit particulièrement dans le tourisme.
Au parc national d’Akanda, un programme développé par l’ONG Ecologic, en partenariat avec l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) et avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), expérimente une approche fondée sur l’écotourisme communautaire durable.
Lancé en 2022 et prévu jusqu’en février 2027, le projet vise notamment à renforcer les compétences des écogardes, des populations riveraines et des opérateurs touristiques afin de concilier préservation de la biodiversité, culture locale et activité économique. L’ambition affichée est également de pouvoir reproduire l’expérience dans d’autres parcs nationaux du pays.
C’est probablement là que se joue une partie de l’avenir touristique du Gabon.
Car un voyage durable ne consiste pas seulement à photographier un animal sauvage ou à entrer dans une aire protégée. Il suppose aussi que la présence du visiteur génère des retombées positives pour le territoire qui l’accueille.
Guides, piroguiers, artisans, hébergements, producteurs, restaurateurs et communautés locales peuvent ainsi devenir des acteurs à part entière de la conservation.
Protéger les animaux… tout en vivant avec eux
La richesse de la faune gabonaise pose également un problème particulièrement sensible : la cohabitation entre les populations et les animaux sauvages, notamment les éléphants.
Pour le voyageur, rencontrer un éléphant de forêt constitue un moment extraordinaire. Pour un agriculteur dont les cultures sont régulièrement détruites, la réalité est évidemment différente.
Le conflit homme-faune fait désormais explicitement partie des responsabilités du ministère chargé de l’Environnement. En mars 2026, une mission gouvernementale dans l’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué a notamment porté sur la gestion durable des forêts et sur cette problématique de coexistence avec la faune.
Cette question rappelle une évidence parfois oubliée : la conservation ne peut fonctionner durablement contre les populations locales.
La protection des éléphants, gorilles ou autres espèces emblématiques doit donc s’accompagner de solutions permettant aux habitants de vivre avec cette faune sans supporter seuls le coût de sa préservation.
La biodiversité gabonaise prépare aussi son horizon 2030
En juillet 2026, le Gabon a également travaillé à l'actualisation de sa stratégie nationale pour la biodiversité.
Des représentants de l'État, de la société civile et des partenaires internationaux se sont réunis à Libreville pour la validation de la Stratégie et du Plan d’Action Nationaux pour la Biodiversité, avec pour objectif notamment d'aligner les engagements du pays sur le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.
L’enjeu dépasse largement la protection de quelques espèces emblématiques.
Il concerne les forêts, les zones humides, le littoral, les milieux marins, mais aussi la manière dont les activités humaines peuvent continuer à se développer sans dégrader progressivement les écosystèmes dont elles dépendent.
À Libreville, l’écologie se joue aussi dans les déchets
L’environnement gabonais ne se résume toutefois pas aux images spectaculaires des parcs nationaux.
Il existe une écologie beaucoup plus quotidienne : celle des villes.
À Libreville, la gestion des déchets reste un enjeu majeur. En février 2026, les autorités ont réaffirmé le projet de fermeture progressive de la décharge saturée de Mindoubé et la construction du Centre de traitement et de valorisation des déchets de Nkoltang.
Cette actualité montre toute la complexité de la transition écologique gabonaise.
Un pays peut posséder des forêts exceptionnelles et des parcs nationaux remarquables tout en étant confronté, dans ses zones urbaines, aux problématiques très concrètes de collecte, de traitement et de valorisation des déchets.
La protection de l’environnement se joue donc autant dans une forêt du bassin du Congo que dans les rues de Libreville.
Une nouvelle génération veut aussi prendre sa place
Autre signal encourageant : les initiatives environnementales ne viennent plus uniquement des institutions ou des grandes organisations internationales.
Lors de la cinquième Conférence nationale des jeunes sur le climat organisée à la Baie des Rois fin juillet 2026, plusieurs projets d’entrepreneuriat vert ont été présentés dans le cadre du Green Challenge. Les initiatives UNIGAB, Agri Bio et Ecocycle Gabon ont notamment été distinguées.
Cette émergence d’entrepreneurs et de projets locaux pourrait être déterminante.
Car la transition écologique gabonaise ne pourra probablement pas reposer uniquement sur des financements internationaux. Elle devra également produire des métiers, des entreprises, des compétences et des perspectives pour la jeunesse.
Le Gabon face à un choix rare
Le Gabon possède aujourd’hui quelque chose que de nombreux pays tentent de retrouver après l’avoir perdu : de vastes espaces naturels encore relativement préservés.
C’est une chance immense. Mais également une responsabilité.
Routes, énergie, urbanisation, exploitation des ressources naturelles et création d’emplois sont indispensables au développement du pays. Dans le même temps, une partie de la valeur future du Gabon réside précisément dans ce que son territoire a réussi à conserver.
L’équation écologique gabonaise ne consiste donc pas à choisir entre la nature et l’économie.
Elle consiste à inventer une économie dans laquelle une forêt debout, une population d’éléphants préservée, une mangrove intacte ou un parc national bien géré possèdent une valeur durable pour les Gabonais eux-mêmes.
Pour le tourisme, cette évolution est fondamentale.
Le voyageur de demain ne cherchera plus seulement un paysage spectaculaire. Il voudra comprendre où va son argent, qui l’accompagne, comment les animaux sont protégés et quelle place occupent les communautés dans l’expérience proposée.
Et sur ce terrain, le Gabon dispose d’un avantage considérable : il n’a pas besoin de reconstruire artificiellement une nature disparue.
Elle est encore là.
Tout l’enjeu est désormais de savoir comment la protéger, la partager et en faire une richesse durable — sans lui faire perdre ce qui la rend justement exceptionnelle.




Commentaires